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Regard chrétien sur...

Social et économie sociale

La prise en compte et l’étude des questions sociales ressortent de l’application des principes de justice commutative (transaction de personne à personne ou de groupe à groupe) et de justice distributive (répartition des biens à des ensembles de personnes).

Elles portent sur :

  • les conditions physiques, intellectuelles et morales de l’exercice du travail ;

  • la protection sociale des travailleurs (contrats d’embauche, garantie de l’emploi, prise en compte des conditions familiales, rémunération, mutations, promotions, participation aux résultats de l’entreprise) ;

  • la garantie d’une aide après cessation d’activité (chômage, retraites).

Les conditions d’exercice du travail

Le travail doit préserver la santé physique et mentale de celui qui l’exerce. Il doit permettre à celui-ci de progresser professionnellement, notamment par la formation, de disposer d’une faculté d’initiative lui permettant d’apporter sa contribution à l’amélioration de son travail et à la prospérité de l’entreprise, d’assumer la responsabilité de ses décisions. Si le salarié exerce des fonctions hiérarchiques, il doit pouvoir disposer de l’autorité nécessaire et du pouvoir correspondant à l’égard des personnes placées sous sa responsabilité.

La protection sociale

Elle s’étend du premier emploi à la cessation définitive d’activité y compris les période de chômage. Elle intègre la nature du contrat de travail et de ses conditions de cessation, la rémunération et les conditions de prise en compte des progrès du collaborateur, les mutations, la promotion. Elle prend en compte la situation et les contraintes familiales de l’intéressé. Elle intègre la participation aux bénéfices de l’organisme à proportion de l’effort apporté à ce résultat. Elle porte sur la protection en cas de maladie ou d’accident.

Création d’entreprise

La création d’une entreprise a pour conséquence directe la création ou la libération d’un emploi. Il appartient à la société civile d’encourager et de faciliter toute initiative en ce genre.

Cessation d’activité et retraite

Tout travailleur doit pouvoir cesser son activité professionnelle en toute liberté et selon les modalités qu’il jugera les meilleures pour lui (arrêt total ou progressif) y compris la faculté de cumuler emploi et retraite sous certaines conditions. Après l’arrêt de ses activités, il doit pouvoir disposer de ressources suffisantes et garanties pour mener une existence décente et être à l’abri du besoin. Ces ressources doivent tenir compte des charges familiales (éducation des enfants) assumées par le collaborateur tout au long de sa vie professionnelle.

Elles doivent être assurées :

  • par une contribution de ses employeurs successifs (cotisation patronale négociée) ;

  • par une contribution personnelle (cotisation personnelle) ;

  • par une épargne capitalisable garantie.

Dialogue social : d'un matérialisme à l'autre Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Victor Gottereau   
12-01-2008

syndicats.jpg Une fois de plus, notre pays a vécu quelques semaines de l'automne au rythme de cette comédie désormais régulière des « grandes grèves ». Transports en commun réduit à presque rien, services publics paralysés, facultés bloquées. Les franciliens comprennent mieux que quiconque ce que cela signifia pour la vie quotidienne des français ! Les conséquences strictement économiques se chiffrent en milliards d'euros, sans parler des milliers d'entreprises, surtout les petites, ayant une fois de plus lourdement souffert.

Les syndicats ont comme à leur habitude bombé le torse en affirmant qu'ils iraient « jusqu'au bout », et ont mis en garde le gouvernement sur ce qu'ils appellent un « passage en force », sur un petit air de « vous allez voir ce que vous allez voir ». La revendication invoquée était pourtant cette fois difficile à défendre pour le simple bon sens et l'équité la plus élémentaire : ils entendaient s'opposer à l'alignement partiel des régimes de retraite dits spéciaux sur le régime général, en particulier la durée de cotisation à 40 ans. Tout le monde, droite comme gauche, est conscient depuis bien longtemps de la nécessité d'abolir ces particularités qui n'ont plus aucune justification. Le parti socialiste lui-même a maugréé pour la forme sur la « manière » du gouvernement, mais a été d'une discrétion de violette sur le fond...


Les opinions publiques étrangères sont perplexes sur cette bien triste « exception française », et la presse internationale s'est fait l'écho de cet étonnement : Charles Bremmer, correspondant du New York Times, commentait ainsi le climat social français en novembre : « Les français sont d'une indulgence vis à vis des grévistes qui n'existe pas ailleurs (...) Il y a très peu de dialogue social en France », tout en ajoutant : « Cette fois-ci, il y a un peu de changement. L'opinion de la rue n'était pas du côté des grévistes par rapport à 95 ».

Ce mal bien français est suffisamment profond pour que nous nous y arrêtions un instant afin d'en déterminer les causes, et de replacer la question sous un éclairage catholique.


Deux conceptions qui s'affrontent


Une chose est désormais certaine : le dialogue social en France est un champ de ruines. Les chiffres sont indiscutables, les Français se sont en grande majorité désintéressés du fait syndical : moins de 10 % des salariés sont aujourd'hui syndiqués, chiffre inimaginable dans la plupart des autres pays occidentaux. Comme l'exprimait le journaliste du New York Times, le divorce entre l'opinion du « français moyen » et le syndicalisme est consommé.

Plus grave, les 10 % de syndiqués ont une vision violente du syndicalisme et désabusée du système économique : « il faut en prendre le maximum, quelque en soient les conséquences ». Les syndicats ont alors logiquement acquis l'image de bastions de privilégiés intouchables, qui profitent au maximum des possibilités que leur offre la loi pour s'octroyer des avantages et fomenter le désordre, en particulier grâce à cet ahurissant privilège anti-démocratique de la représentativité exclusive acquise en 1945 par les 5 syndicats majoritaires (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC) et qui n'a pris partiellement fin qu'en 2006. Pour des organisations dont la raison d'être est théoriquement de défendre les salariés, c'est un comble !


Face à cela, de plus en plus d'intellectuels, d'acteurs économiques, de journalistes, de responsables politiques commencent à dénoncer les méfaits du syndicalisme à la française, et cette audace est nouvelle. Ces dernières grèves nous ont donné à lire dans les colonnes des journaux quelques papiers fort justes sur les excès des revendications syndicales et les entraves énormes qu'elles font peser en pure perte sur le système économique entier, encourageant le gouvernement à « tenir » pour faire les nécessaires réformes promises pendant la campagne présidentielle par notre sémillant président. Là où le bât blesse, c'est que presque personne n'a rappelé à cette occasion le penchant naturel et légitime de la nature humaine vers l'association en vue de la défense d'intérêts communs. On aurait aimé entendre que le fait syndical est une nécessité pour l'harmonie des relations sociales dans le monde économique, et qu'il était urgent de faire du syndicalisme autrement.


Toutes ces élites qui représentent, on peut légitimement le penser, une part grandissante de l'opinion française, ne raisonnent plus qu'avec l'axiome du « tout économique ». Si c'est bénéfique pour l'économie, c'est bon et bien : ils ont pris le moyen pour la fin. La morale est complètement éliminée du monde économique et professionnel, pour être remplacée petit à petit par une « moralité écologique » mondialiste et panthéiste : seule la sauvegarde de « Gaïa la Terre Mère » est le critère de jugement. Chacun peut constater l'utilisation de plus en plus systématique de cet argument omniprésent dans la vie quotidienne.


Cette puissante vague du « tout économique » dont on sent assez nettement l'origine américaine envahit la politique, et fait concevoir l'Etat comme un simple activateur/régulateur de l'économie, paradoxalement omniprésent. Nicolas Sarkozy lui-même en est le meilleur représentant : même en politique étrangère, ses arrières-pensées sont très souvent économiques, comme on a pu le constater avec la venue controversée à Paris du leader lybien Muhammad Kadhafi. Parrallelement, les priorités que s'est fixées le gouvernement Fillon sont toutes économiques : le pouvoir d'achat, la croissance, la compétitivité des entreprises, etc... Même si l'intérêt porté par le pouvoir à ces questions est parfaitement justifié, la place qui y est faite dans l'ordre de la finalité y est démesurée.


Nous assistons alors à une bipolarisation de la conception des relations sociales dans le plus pur style marxiste qu'on croyait mort à jamais. D'un côté, les tenants du syndicalisme ne conçoivent pas les rapports sociaux autrement que comme un brutal conflit d'intérêts purement matériels, qui serait comme le carburant nécessaire à un « progrès social » sans fin. De l'autre, les tenants du « tout économique » qui gagnent indiscutablement du terrain voient le marché comme le bienfaisant régulateur de la vie économique, la justice sociale en découlant nécessairement.

Chacun de ces deux pôles considère l'autre comme un mal nécessaire, à réduire à la portion congrue. Il se rejoignent pourtant sur un point fondamental : la finalité de l'homme au travail est pour tous purement matérielle et pécuniaire. Le sous-tendu philosophique est foncièrement matérialiste.


Un enfantement dans la violence


Lorsqu'on cherche les causes profondes de ce climat social français, il faut se souvenir que notre belle république, pétrie de la laïcité que Sarkozy qualifie faussement d' « ouverte », est issue de celle de Voltaire et de Robespierre, de Sieyes et de Proudhon. Ces hommes sont l'emblème d'une féroce volonté des révolutionnaires de 1789 de déchristianiser la France quoiqu'il en coûte. Or il fallait pour cela faire sauter nécessairement le bienfaisant substrat social sur lequel reposait une foi enracinée. Même s'il nécessitait à la fin du XVIIIème siècle une réforme en profondeur (car notamment peu adapté à l'industrialisation naissante), ce système des corporations apportait équilibre et bienfaits sociaux, moraux et humains, aux antipodes de la conception matérialiste des « lumières ».


Les révolutionnaires ne s'y sont pas trompés, et un des premiers actes du nouveau pouvoir fut l'abolition pure et simple de cette construction multi-séculaire. Voici l'énoncé parfaitement claire des 2 premier articles de la loi Le Chapelier (17 juillet 1791) :

« Art. 1 : L'anéantissement de toutes espèces de corporations des citoyens du même état ou profession étant une des bases fondamentales de la constitution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit.

« Art. 2. Les citoyens d'un même état ou profession, les entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d'un art quelconque ne pourront, lorsqu'ils se trouveront ensemble, se nommer ni président, ni secrétaires, ni syndics, tenir des registres, prendre des arrêtés ou délibérations, former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs. »


Cet incroyable énoncé dictatorial interdisant de fait toute association professionnelle va perdurer près d'un siècle, provoquant dans un contexte d'industrialisation massive l'exploitation et la misère des masses, phénomène bien décrit par les auteurs romantiques comme Victor Hugo, mais qui n'en dénoncèrent jamais la cause. La conséquence directe fut l'éclatement de révolutions et de désordres sociaux de toutes sortes dont le « stupide XIXème » siècle fut émaillé.


La reconquête du droit d'association se fera en trois étapes législatives, en 1864 (loi Ollivier), 1884 (loi Waldeck-Rousseau) et 1901 (Loi sur les associations, la plus connue). Un siècle de lutte laisse des marques indélébiles, et on comprend mieux à travers l'histoire pourquoi le syndicalisme français est imprégné de cette conception si violente du dialogue social. Seules quelques grandes figures catholiques (Albert de Mun, René de la Tour du Pin, Frederic Ozanam, etc...) réfléchirent et proposèrent à cette époque des solutions sociales audacieuses et humaines, mais qui furent systématiquement refusées par la « république des républicains ».

D'ailleurs l'imagerie habituelle de la gauche nous présente les « grands ancêtres » et « républicains authentiques » luttant avec la masse pour la conquête de ses sacro-saints droits sociaux, contre la droite cléricale, bourgeoise et réactionnaire exploitant le peuple. L'histoire nous montre pourtant que c'est exactement l'inverse !


L'urgence du regard chrétien


Face à ce matérialisme bipolaire et dialectique qui a envahi la société civile, il faut plus que jamais affirmer que le remède est chrétien. Car le problème se situe bien au niveau de la conception même que la société se fait des relations sociales au sein du monde économique et de la finalité de l'homme au travail : si on réduit l'activité économique vis à vis de l'homme qui y participe à l'acquisition d'un pouvoir d'achat, on ira nécessairement de Charybde en Scylla. Soit on donnera la priorité aux hommes en tant que masse face à un système qui utilise leur travail pour produire de la richesse, et on tombera dans le syndicalisme, qui fait de la « lutte des classes » sont unique terrain d'action. Soit on donnera la priorité à l'individu en tant qu'être libre utilisant ses facultés multiples pour produire de la richesse, et on tombera dans le libéralisme amoral qui est en train d'envahir tout.


La juste conception chrétienne du travail est celle d'un moyen privilégié pour assurer la VIE de l'homme et des siens : c'est, avouons-le, autrement plus riche que la vision purement pécuniaire actuelle. La vie est autant morale, affective, intellectuelle que matérielle. C'est donc l'épanouissement personnel et familial, la sécurité, le bien-être matériel et moral que doit apporter entre autre le travail. En vertu de ce principe, l'association professionnelle est un moyen unique d'équilibre permettant de sauvegarder les intérêts communs, qui dépassent largement là aussi la stricte ressource matérielle du salaire.


Mais alors, que faire concrètement ? Loin de nous la prétention de régler cette question en quelques mots, elle devra être travaillée longuement par des spécialistes afin d'être réellement pertinente et précise. Nous pouvons néanmoins affirmer la nécessité d'une remise à plat de la loi qui emprisonne l'association professionnelle dans le cadre strict des organisations que nous appelons syndicats. Ceux-ci sont réduits au cadre d'une entreprise, et sont organisés au niveau national comme des fédérations des différentes sections d'entreprises dans ce qu'on nomme des « centrales », structures fortement imprégnées d'idéologie et d'intérêts politiques. Il n'existe que très peu de structures intermédiaires s'adressant aux salariés entre ces 2 échelons, notamment au niveau des branches professionnelles et des métiers. La CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens) est emblématique de cette impossibilité pour le syndicalisme actuel de sortir de ce schéma dialectique imposé par la loi : On a la triste impression que le livre de chevet de ces syndicalistes dits chrétiens est plus souvent Le Capital de Marx que Rerum Novarum de Leon XIII !


Un cadre réglementaire et législatif suffisamment précis mais souple, remettant en cause le canal obligatoire du syndicat marxisant et politisé comme vecteur du dialogue social, permettrait l'éclosion naturelle de ces corps intermédiaires qui nous font si cruellement défaut. Car la doctrine chrétienne est la plus conforme à la nature humaine, l'harmonie humaine qui découlera d'une telle organisation sera le fruit à l'aune duquel il faudra juger la bonne constitution de l'arbre. A nous d'y travailler.

 
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Collectif « Catholiques en Campagne »   14 rue Charles V   75004 Paris