| Le terrain privilégié de la petite commune |
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| Écrit par CeC | |
| 26-02-2008 | |
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PH, pouvez-vous vousprésenter succintement ? Je suis un jeunetrentenaire, célibataire, cadre de la fonction publique, qui aétudié les lettres et le droit.
Quelle a étévotre parcours d’élu ? J’ai étéélu conseiller municipal de 1995 à 2001, dans unepetite commune. Non réélu en 2001, quoique candidat :c’est dû à un contexte particulier, et au fait que lesgens savaient que je ne vivais plus dans la région, mais queje finissais mes études à Paris… Dites-nous en plus surcette commune ! C’est une communerurale de 400 habitants, en Bretagne, où ma famille estinstallée depuis quatre générations. J’y aigrandi autant qu’on peut le dire quand on a passé dix ans desa jeunesse en pensionnat … et qu’on a ensuite suivi des étudessupérieures à 80 kilomètres de là. Dans cette commune, lapolitique était une affaire de familles … et de clans, celuidu curé et celui du maire quelques décennies plus tôt.C’était très clochemerlesque … Avec despersonnalités très affirmées. Le clivagegauche-droite venait loin derrière tout cela.
Comment vous êtes-vousretrouvé élu ? Adolescent, je mepassionnais pour la politique théorique, sans jamaism’encarter toutefois. Puis, j’ai eu envie d’une expérienceconcrète, pour frotter mes convictions au réel et parceque j’avais l’intuition que ce serait une expériencehumaine unique. Sur ce dernier point, je n’ai pas étédéçu … J’aialors démarché le maire de l’époque, bravehomme malmené par une opposition hystérique et unecourte majorité peu combative. Il m’a accepté tout desuite sur sa liste. Nous avons fait quelquesréunions, un peu de campagne (en fait, j’ai fait la tournéedes hameaux l’après-midi des deux veilles de scrutin). Ledeuxième dimanche, j’étais élu avec seulementdeux colistiers, l’ancien maire n’était pas réélu :nous étions la nouvelle opposition. L’ex-opposition devenaitla nouvelle majorité : elle accédait aux affaires… et à la capacité de régler ses comptes,croyait-elle du moins.
Quelle a étévotre activité de conseiller municipal ? A 21 ans, j’étaisle benjamin du conseil. J’étais aussi le seul bachelier,étudiant en droit de surcroît, bref, « l’intellectuel »aux yeux des autres conseillers. La nouvelle majorité avait unesprit « revanchard » après des annéesd’opposition … et une tête de liste non élue. Jedevins vite le « chef de l’opposition », carmes colistiers manquaient de gnaque. L’exercice du pouvoirfut souvent tendu. Pour vos adversaires, vous êtes le symbole àabattre. Vos amis politiques tentent de vous instrumentaliser, et lesintérêts privés ne sont jamais bien loin. Il fautse blinder et garder raison et distanciation face à cetéchantillon de la « comédie humaine ».J’ai navigué à vue, avec bon sens et prudencepolitique autant que possible. A signaler : des formationstechniques possibles et l’activité conseil de lasous-préfecture. L’important, c’estd’être présent, se montrer, surtout aux réunionsde conseil bien sûr, mais aussi dans les commissions, auxinaugurations, etc. « Faire et faire savoir »,comme l’on dit parfois. L’adversaire doit se sentir sousobservation, l’opinion publique doit entendre parler de vous. Lereste est affaire de parler au bon moment avec les mots justes.
Et concrètement ? J’ai le souvenird’avoir évité des dépenses « somptuaires »lors de la rénovation de la mairie par exemple : ce futune grande victoire, car d’ordinaire, si ma parole avait quelquepoids, le vote final m’était défavorable, logiquemajorité / opposition oblige. Cette fois, je glissai un coindans le front majoritaire, et le 1° adjoint lui-même,grande gueule devant l’Eternel, se retourna contre le maire. Apartir de là, je me taisais : la machine étaitlancée. Elle broya le projet du maire … Bien sûr, il fautêtre vigilant en matière financière. Pour autant,il ne s’agit pas de tout rejeter, y compris les hausses d’impôts.C’est une affaire de cas par cas, d’intelligence politique ausens noble. On ne doit pas négligerla part symbolique de la fonction : insister sur la rénovationdes monuments religieux communaux, sur l’aide à l’écoleprivée, aux familles, aux mères et à la petiteenfance ; ou encore, critiquer la tenue d’un conseil le matindu Vendredi-Saint. Le gros dossier de cettemandature a été un projet de remembrement rural,dangereux pour la paix des familles et des voisins et pourl’environnement. Je fus le héraut de l’opposition et nousavons gagné in fine, à l’usure, malgréun clivage politique défavorable : c’est encore pourmoi le plus beau cadeau fait à cette commune champêtre.
Quelle expérienceretirez-vous ? Une expériencepolitique, surtout dans cette configuration non partisane. A l’issuede ce mandat, vous êtes moins « politiquementprimaire », car le clivage gauche-droite n’explique pastout. La psychologie de chaque individu est primordiale. J’aibeaucoup appris sur la nature humaine, dans cet univers qui tenait deBalzac et de Zola … Expérience humaine donc. Petite expériencedu pouvoir aussi : même à ce niveau, vous constatezla fascination exercée par le pouvoir. Pour le meilleur etpour le pire.
Si c’était àrefaire ? Je rempilerais !J’ai quitté la région pour des raisonsprofessionnelles. Mais, un jour qui sait … ou ailleurs !
Que dire aux autres ? D’y aller ! C’esttellement enrichissant ! Et les expériences sont diversesà l’infini, selon la localisation, la taille, la situationpolitique de la commune. Il y a des places àprendre presque partout ! Ca ne prend pas forcémentbeaucoup de temps : en fait, c’est à la carte, selonles goûts et la disponibilité. Et l’on agit inconcreto, pour le règne du Christ-Roi ! |
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Collectif « Catholiques en Campagne » 14 rue Charles V 75004 Paris