| Sur l'immigration "subie", "choisie", ou "partagée" |
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| Écrit par François Joseph | |
| 27-03-2007 | |
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« L’immigration choisie est un leurre, un concept vide de contenu. L’immigration "choisie" s’ajoute à l’immigration subie et ne la remplace pas. Dans un pays qui compte quatre millions de chômeurs, pourquoi aller chercher de la main-d’oeuvre à l'extérieur ? Je propose une politique nationale d’immigration articulée en deux volets : maîtrise de l’immigration clandestine et main tendue à ceux qui peuvent et veulent s'intégrer. En premier lieu, la maîtrise de l’immigration clandestine, en métropole et peut-être plus encore dans outre-mer. Il faut lutter résolument contre les filières de passeurs et les trafics d’êtres humains. Les immigrés, pour l’immense majorité d’entre eux, n’arrivent pas seuls. Ils paient, pour venir, très cher. La politique d’immigration doit être une politique européenne : il faut une politique concertée de circulation, de visas, d'accompagnement des immigrés. Si un immigré n’est pas admis, il doit être reconduit ; reconduit le plus vite possible, avant que ne se créent des liens familiaux. S’il est admis, il faut l’inciter à s'intégrer à la société française, par un programme d’intégration portant sur la langue française et nos valeurs. L’assiduité à un tel programme serait une condition de régularisation. Les immigrés arrivés clandestinement sur notre territoire ne sauraient être régularisés que sur des critères clairement définis : contrat de travail, maîtrise de notre langue et de nos valeurs, connaissance de notre mode de vie. La cause principale de l’immigration, aujourd’hui comme il y a des siècles, c’est la misère : une politique de co-développement avec les pays d’origine permettra de donner à leurs habitants la chance de réussir dans leur propre pays, notamment en impliquant les diasporas. Les pays européens pourraient permettre aux médecins, ingénieurs, techniciens de faire l’aller-retour entre leur pays d'origine et pays où ils ont été formés. Il faut un ministre chargé de l’immigration, regroupant sous son autorité les administrations différentes en charge de ces problèmes, assurant le suivi des populations qui sont sur notre territoire, intervenant dans les accords de co-développement. »
A propos de l'immigration, la droite comme la gauche se renvoie la responsabilité d’une situation à laquelle jamais personne n’a eu le courage de faire face. Il s'agit pourtant d'un enjeu de civilisation auquel il faut répondre de façon impérieuse et urgente. C’est toujours la même idéologie qui a servi de toile de fond à cette absence totale de toute politique de l’immigration en France, c’est-à-dire de toute prévision, de toute décision et de toute action. Une idéologie qui voit dans le déracinement un affranchissement, dans la transhumance un droit inaliénable et dans la colonisation du Nord par le Sud l’avènement d’un grand soir, la juste réplique des pays pauvres aux pays riches qui les ont asservis. Cette idéologie, baptisée "immigrationnisme" par Pierre-André Taguieff qui la décrit, dans Le Figaro du 9 mai 2006, comme la "dernière utopie des biens pensants" est "une rhétorique sentimentale sur les flux migratoires qui a pour effet de transformer la politique en impolitique et de désarmer les nations démocratiques" puisque « le droit d’immigrer dans un pays de son choix, sans restriction, s’inscrit sur la liste des droits de l’homme élargie ». A l'heure des élections et alors que le débat sur l'immigration, autrefois interdit, s'ouvre donc petit à petit, les prétendants aux responsabilités déclinent leurs idées sur la question. Le thème de l’immigration est devenu l’inspirateur de concepts nouveaux : immigration "choisie", immigration "partagée", immigration "tarie", immigration "jetable", immigration "zéro"... Les Français apprennent aujourd’hui, de la bouche même de ceux qui nous parlait autrefois de « l’immigration : une chance pour la France » que la France vivait jusque là sous le régime de "l’immigration subie". Terrible aveu ! Effectivement, il s'agit bien d'immigration "subie" : abandon du droit du sang, immigration de travail devenue immigration de peuplement par son changement de dimension et de nature, régularisation des sans-papiers, intégration plutôt qu’assimilation, eldorado des droits sociaux, islamisation progressive de la société... Chacun des gouvernements successifs n’a fait qu’accompagner par des mesures aveuglément démagogiques un mouvement jugé au mieux inéluctable, au pire nécessaire. Aujourd’hui, pour les uns, il faut choisir ses immigrés, déterminer s’ils apporteront avec eux une valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de remettre en cause les choix du passé : la France est et doit rester une terre d’immigration, mais elle doit poursuivre son effort et entrer dans une démarche "qualité", pour augmenter le niveau de ceux qui ont vocation non plus seulement à la peupler, mais à lui fournir son élite. C’est l’immigration choisie. Pour les autres, l’immigration est un droit inaliénable de l’homme, un bien commun universel qui doit être partagé. C’est ensemble, au nom de la grande fraternité cosmique, que pays de migration et pays d’accueil doivent déterminer le nombre des migrants dignes du grand voyage. C’est l’immigration partagée.
Dans une conception comme dans l’autre, où l’on aura reconnu l’idéologie libérale et mercantile à droite, et l’idéologie "droits-de-l’hommiste" à gauche, rien ne semble apporter une réponse qui s’intéresserait enfin aux causes. Sous des dehors tantôt fermes tantôt justes, ces apparentes solutions se complaisent au contraire dans une attitude pernicieuse qui trahit une attitude infantilisante et infériorisante envers la personne immigrée. Une vraie politique de l’immigration ne saurait se complaire en formules recyclées. Elle nécessite une conversion du regard et de la volonté. Il faut cesser de se croire généreux parce qu’on laisse béantes ses frontières. Il faut cesser de croire que l’on respecte l’étranger si l’on n’exige pas de lui des devoirs en même temps qu’on lui reconnaît des droits. « C’était peut être la chance de ces Italiens, de ces Polonais, de ces Russes, de ces Juifs, de ces Arméniens, de ces Portugais et de tant d’autres car, malgré la misère, ils avaient évité l’actuelle machine à transformer l’homme en parasite social, ils avaient échappé à cette broyeuse idéologique qui engloutit un être humain et recrache un assisté bouffi de ressentiment et de haine » lance Andreï Makine dans son dernier ouvrage Cette France qu’on oublie d’aimer.
Traiter en profondeur de l’immigration, c’est donc d’abord et avant tout s’intéresser aux pays qui voient se tarir leurs forces vives, celles-là mêmes qui rendraient possible leur développement, si seulement on les aidait à se fixer chez elles. Il faut donc cesser de croire que stopper une immigration qui pille les richesses et assèche les énergies des pays pauvres est une attitude inhumaine. Une authentique politique d’immigration prendra donc la forme d’une politique de co-développement, respectueuse tout à la fois de la France, incapable d’accueillir décemment « toute la misère du monde », et des pays de migration, qui ont une vocation autrement plus digne, que de servir de main d’œuvre à des pays plus riches qu’eux. Sans quoi, c’est la triste prophétie de Jean Raspail, dans son prémonitoire Camp des Saints, qui se réalisera : « le Tiers Monde débordait et l’Occident était son égout »... |
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