Une alternative à la mondialisation ? Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Georges Tartarin   
10-04-2007

Jamais dans toute l’histoire de l’humanité l’argent n’a autant dominé toutes les activités des hommes. On nous présente la mondialisation comme incontournable, alors qu’on en voit tous les jours les conséquences désastreuses : délocalisations, chômage, misère, accroissement incessant des écarts de revenus. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que certains peuples soient tentés par les actions terroristes.

Une alternative économique et politique est-elle possible, qui apporterait la paix dans le monde ?

Certains prétendent avoir déjà présenté une solution à vocation universelle. Par exemple, tous ceux qui, de près ou de loin, se réfèrent encore aux principes marxistes. Ils veulent nous faire croire que les cent millions de morts du communisme russe sont un accident de l’histoire qui ne se répétera pas.

Comme le dit Jésus-Christ, il n’y a que deux voies possibles : Dieu ou Mammon. Le christianisme est la seule religion qui n’exclut personne. C’est pourquoi c’est une alternative chrétienne que nous présentons ici.

 

1. la doctrine sociale de l’eglise

La doctrine sociale de l’Eglise est un ensemble d’encycliques rédigées par différents papes au cours des dix-neuvième et vingtième siècles. Elle explicite un certain nombre de principes dont nous retiendrons les deux qui nous intéressent plus particulièrement :

  • le principe de subsidiarité

  • la reconnaissance des corps intermédiaires

Le principe de subsidiarité est défini pour la première fois dans l’encyclique Quadragesimo Anno, au chapitre 86 (35) :

"... De même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes."

Dans le cadre de la construction de l’Europe – en fait d’une Europe conforme aux principes mondialistes – le principe de subsidiarité est mentionné dans le traité de Maastricht et dans le projet de constitution européenne, mais à contresens : il y est affirmé que le centre doit tout faire… sauf s’il est démontré qu’on peut mieux le faire localement.

La notion de « corps intermédiaires » est présentée dans l’encyclique Mater et Magistra (§ 60) :

"... Une tendance naturelle et presque incoercible porte les hommes à s’associer spontanément pour atteindre des biens désirables pour chacun, mais hors de portée des individus isolés (…) Sous l’effet de cette tendance, ont surgi de toute part des groupements, des sociétés et des institutions de caractère économique, social, culturel, récréatif, professionnel ou politique."

Le malheur de nos sociétés est que seul l’individu est véritablement reconnu face aux grandes institutions telles que les entreprises et l’Etat. Le premier corps intermédiaire, qui devrait être considéré comme l’armature de toute société, la famille, ne cesse de subir des attaques tendant à le faire disparaître. Quant aux organisations syndicales – autre exemple de corps intermédiaire – elles ont été créées dans un contexte de lutte de classes et n’ont pas pour objet l’harmonie sociale.

Nous verrons plus loin comment imaginer les relations entre corps intermédiaires, de manière à ce que l’homme ait vraiment le sentiment – confirmé par une pratique – de participer effectivement à la construction de son destin.

 

2. l’alternative economique

Elle se décline en 5 objectifs.

 

2.1 Des marchés communs régionaux

Maurice Allais, notre prix Nobel d'économie, nous fournit une application facile à comprendre du principe de subsidiarité. Le monde, selon sa pensée, doit être organisé en « marchés communs régionaux », le regroupement des pays se faisant sur le double critère de la proximité géographique et de la proximité des niveaux de revenus.

Bien entendu, ces marchés communs régionaux n’ont de sens que si les pays qui les composent pratiquent en leur sein la préférence communautaire et érigent autour d’eux les protections douanières appropriées. Loin de nuire aux pays moins développés, c’est au contraire la seule voie qui leur permette réellement de se développer, en évitant la fuite de leurs cerveaux comme cela se pratique aujourd’hui.

En ce qui concerne l’Europe, cela implique de revenir à l’Europe des 15, en favorisant la reconstitution d’un bloc de l’Est qui, n’en déplaise à certains, est le seul regroupement cohérent qui permette de stopper dans l’œuf la guerre des agriculteurs qui s’annonce. Pour ne parler que de ce secteur économique.

Ce qui n’exclut pas une entente rapprochée entre ces deux blocs permettant de construire dans un avenir que l’on peut espérer proche une Europe de l’Atlantique à Vladivostock.

On pourrait nous objecter que la Communauté Européenne représente justement l’un de ces « marchés communs régionaux ». Il n’en est rien. En effet, depuis 1974, la préférence communautaire, qui était au cœur de la logique d’échanges entre les pays du Marché Commun, a été abolie. Nous vivons depuis – et c’est le projet politique du mondialisme – dans un contexte tendant à abolir toutes les frontières douanières à l’échelle planétaire. C’est la logique sur laquelle est fondée l’OMC…

 

2.2 Abolition de l’O.M.C.

Il est clair qu’une telle vision du monde – l’organisation des échanges en privilégiant les marchés communs régionaux - conduit à abolir purement et simplement l’Organisation Mondiale du Commerce (O.M.C.).

La ligne politique de l’O.M.C. est totalement libérale : l’objectif est d’aboutir à la suppression de tous les droits de douane de pays membres (pour le plus grand bénéfice des multinationales). La conséquence est le nivellement des revenus par le bas : nous aligner sur le niveau de vie du chinois moyen. Ce processus est déjà en marche, et provoque notamment une multiplication de délocalisations. Sans compter des pans entiers de notre industrie qui disparaissent, comme le textile.

Le côté pervers de cette structure – typiquement une « structure de péché », selon le terme employé par l’encyclique Sollicitudo rei socialis – est qu’elle fonctionne comme une « roue à cliquets », ce qui signifie que les pays ne peuvent pas revenir sur un engagement qu’ils auraient signé antérieurement. C’est aussi le principe dit de « l’engagement unique » : chaque pays ne peut s’engager que sur l’ensemble du dispositif, ce qui amène les gouvernements à accepter des compromis contraires à ce que souhaitent les gouvernés, pour gagner sur des secteurs qui leur paraissent, dans l’immédiat, plus importants.

Un exemple de la logique de l’O.M.C. : la France accordait à ses territoires d’outre-mer un privilège particulier, qui consistait à leur acheter toute leur production de bananes, en fermant ses frontières à toute autre importation. Son engagement dans l’O.M.C. l’a conduite à abandonner ces producteurs, donc à les laisser mourir de faim, afin d’assurer ses exportations de TGV et autres produits industriels avancés.

 

2.3 Le retour à l’étalon-or

La troisième question à régler est celle de la monnaie. Le système des taux de change flottants permet aux Etats-Unis de faire varier à leur gré les termes de l’échange, ce qui revient à pomper les ressources de leurs partenaires commerciaux pour financer leur propre déficit. Si l’on veut sortir du système des taux de change flottants, il faut définir un référentiel stable, neutre politiquement. Il n’y en a qu’un, c’est celui préconisé naguère par De Gaulle : l’étalon or. Il suffirait que les pays de la Communauté Européenne le décident pour qu’il s’impose dans les faits. Rappelons qu’avant 1914, l’Angleterre et la France ont connu une stabilité quasi totale des prix pendant deux cents ans, et une croissance de leurs économies… sous le régime de l’étalon or.

 

2.4 Le retour au « modèle rhénan »

La quatrième question à résoudre est la nature du développement. Michel ALBERT a bien mis en évidence les deux logiques qui s’affrontent : le modèle rhénan et le modèle anglo-saxon. Rappelons que le modèle rhénan est celui qui a servi de référence à l’Allemagne, aux pays scandinaves et au Japon, notamment, pendant toute la deuxième moitié du vingtième siècle.

C’est grâce à ce modèle que l’Allemagne a eu un double succès, tant du point de vue de la performance économique que de la performance sociale, et ce pendant quarante ans.

Le modèle rhénan est basé sur la cohésion sociale : une entente entre les banques et les entreprises d’une part, entre le patronat et le salariat d’autre part. Au contraire le modèle anglo-saxon, dont se réclament les libéraux qui sont à la tête de l’O.M.C., et en particulier les Etats-Unis et le Royaume Uni, est basé sur l’individualisme, ce qui, au passage, permet de légitimer les multinationales.

 

2.5 L’économie « subsidiaire »

Voici donc déjà quatre objectifs économiques. Mais ils ne sont pas suffisants pour répondre à l’attente concrète des populations : comment avoir un revenu décent et ne pas vivre en permanence dans l’angoisse de la perte de son emploi ?

Pour cela il faut repenser la démocratie. Il faut que celle-ci soit près des gens, et non plus cantonnée dans les sphères parlementaires ou régionales. Commençons déjà par l’économie. On peut en donner une définition simple : c’est un système de production et d’échange qui a pour finalité de fournir aux personnes la satisfaction de leurs besoins en matière d’alimentation, de logement, d’habillement, de santé, d’éducation, de loisirs, etc.

En France, il suffit de consulter le tableau annuel de l’INSEE des dépenses de consommation des ménages pour en avoir la liste complète. Au niveau le plus synthétique cela représente une douzaine de postes. Donc toute l’organisation productive de la France peut être vue comme la somme de ce qui est fourni par douze branches économiques. Bien sûr ces branches sont elles-mêmes composées de branches et de sous-branches. Par exemple la branche santé comprend la branche des établissements hospitaliers mais aussi l’industrie pharmaceutique, etc.

Il existe déjà de nombreux systèmes de représentations au sein de ces organisations. Les conventions collectives en sont une des émanations. Posons comme principe que chaque branche est responsable d’un niveau de qualité, d’un niveau de prix et de la garantie de l’emploi et de la santé de tous ses membres. Ceci représente l’offre. En face il y a la demande. Les associations de familles pourraient en être les mandataires.

Le cadre dans lequel ces offres et ces demandes peuvent se rencontrer pourrait être celui d’un Conseil Economique et Social rénové, avec des agences aux niveaux régional et local. Ainsi les citoyens auraient les moyens et la conviction d’être à nouveau les maîtres de leur destin, à travers les organisations professionnelles et les associations de familles d’une part, de la rencontre et du dialogue des unes et des autres au sein des instances du Conseil Economique et Social d’autre part.

Par exemple, supposons que les familles souhaitent dépenser davantage d’argent pour mieux se nourrir – notamment en développant l’agriculture biologique – et ralentir, en contrepartie, les évolutions techniques dans le domaine automobile. Les deux branches concernées – agriculture et automobile – peuvent intégrer dans leurs plans de développement un ralentissement de la demande d’automobiles et une croissance de la demande en produits alimentaires. Cela peut être facilement calculé grâce aux moyens informatiques.

C’est ce que nous appelons « l’économie subsidiaire ».

 
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