Retour sur les propos ambigus de Jean-Marie Le Pen sur l'euthanasie Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Michel Tougne   
16-04-2007

Image« Savez-vous que la moitié des dépenses de santé pour un individu concerne les derniers mois de la vie ? Savez-vous combien il y a de centenaires en France aujourd’hui ? 30 000 et bientôt 300 000… Comment allons-nous faire ? Je m’accroche à la position chrétienne. Mais comme homme politique responsable, je me pose la question de l’euthanasie. Je n’ai pas de position définitive pour l'instant. Comprenez ma situation : une chose est d’avoir des intentions nobles et autre chose est de les faire appliquer.» Et d’ajouter :  « Je ne suis pas un moraliste ou un philosophe, mais un homme d’Etat. » (Famille Chrétienne numéro 1523 du 24-30 mars 2007,pp. 16 et 17)

Deux idées sous-tendent ce discours.

La première est de croire qu’on ne peut tout de même pas laisser vivre les gens au-delà de cent ans à cause de raisons économiques. Or, l’argent, c’est comme le temps, ça se gère. En commençant par les priorités. On peut très bien dégager les fonds nécessaire en supprimant les dépenses de sécurité sociale occasionnées par l’avortement. Par ailleurs, en luttant contre la drogue et contre le vagabondage sexuel, on réduit, voire supprime les dépenses occasionnées par le sida. C’est un premier point. Mais l’argument de l’équilibre économique ne semble pas omniprésent dans la tête de Jean-Marie le Pen, lorsqu’il déclare à propos du Pacs « Je considère qu’il n’y a pas vraiment de raison de revenir sur le Pacs si le pacs peut rendre service à quelques personnes… ».

La deuxième idée est la position libérale de l’hypothèse et de la réalité. L’hypothèse, c’est la doctrine (que l’on considère comme inapplicable) et la thèse, la réalité, c’est la mouvance quotidienne, souvent en opposition avec la doctrine. On en pleure, on en gémit, mais on estime devoir suivre les lois de la dure réalité quotidienne. On ne dira jamais assez tout le mal qu’a pu faire cette position qui est le schéma type de tous les abandons, de toutes les trahisons. A l’inverse, citons Mgr Freppel « Le plus grand des malheurs pour un siècle ou pour un pays, c’est l’abandon ou l’amoindrissement de la vérité. On peut se relever de tout le reste ; on ne se relève jamais du sacrifice des principes ».

 

La morale, c’est ce qui nous dit que le bien est à faire et que le mal est à éviter. Si l’on sépare la politique de la morale, le concept même de loi juste s’évanouit. Il ne reste que la force, qui peut être force du nombre, mais qui est quand même simplement une force quantitative et matérielle. Rien d’autre. Il n’y a rien de chrétien dans tout cela. Il y a opposition et contradiction entre la cité catholique et cette conception agnostique et amorale. Il y a antagonisme radical entre la politique de mort et la foi catholique. Il y a affrontement inévitable entre la société politique sans Dieu et la société chrétienne. C’est l’affrontement des deux cités, celui même qui guide l’histoire toute entière.

Le premier principe de toute action politique désireuse de rassembler les hommes est de reconnaître l’existence de la loi naturelle, commune à tous et à tous les peuples. Sans loi naturelle, la notion de norme disparaît. Aucun langage commun, aucune unité morale n’est possible. Hors de la loi naturelle fleurissent les affrontements, les guerres civiles, les révolutions.

De fait, les normes éthiques n’ont été établies ni par la force, ni par l’opinion. Elles sont la source de toutes les normes de l’être, de l’activité et du devoir. Leur observance permet la cohabitation et la collaboration mutuelle. Elles sont à la racine du bien commun de toute société : bien vivre ensemble et se bien comporter.

 
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