La politique confisquée Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jean-Louis Merlaud   
18-04-2007

Les promesses pleuvent à tout va. Les milliards d’Euros des contribuables sont généreusement distribués avant même l’élection : « Je triple le budget de la recherche en cinq ans ! Et moi, j’accorde à tous les jeunes une somme qui leur permettra de réaliser leur premier projet. ». Des disputes éclatent à propos de cette distribution d’euros virtuels. Ce qui, entre nous, ne donne pas davantage de réalité aux euros en question. La campagne tourne à la galéjade.

Cette attitude appelle une remarque.

Les promesses, adressées aux catégories de la population les plus diverses, sont une manière de sectoriser le marché des voix. On cherche à montrer une volonté de répondre aux besoins spécifiques de chacun. Plus la sectorisation est fine, et plus les besoins auxquels on répond paraissent « concrets ». Mais cette méthode marketing équivaut à ne pas poser le problème politique. En effet, qu’est-ce que la politique si ce n’est le souci du bien public ? Le bien public est nécessairement un bien global, un bien de l’ensemble, ou mieux encore un bien qui découle de l’action commune de la nation. Il n’est jamais semblable à l’addition des biens privés. Il ne se trouve jamais dans somme des indifférentismes individualistes.

On pourra m’objecter que la recherche peut et doit concourir au bien commun. Mais, rendons nous à l’évidence : la recherche reste en carafe, c’est qu’il y a des causes. Peut-être est-ce dû à son orientation ? Aux finalités mal définies ? A l’absence de collaboration entre la recherche et d’autres secteurs ? La recherche médicale a-t-elle la même problématique que la recherche spatiale ? Le cadre des recherches est-il adéquat : cadre national, européen, international ? Les milliards d’euros auraient-ils le pouvoir magique de corriger le manque d’orientation politique ? De même pour les jeunes. La politique consiste-t-elle à distribuer de l’argent ?

Si les jeunes restent en carafe, peut-être est ce dû à des problèmes d’emploi ? D’où vient que le chômage des jeunes (15-25 ans) est le double de celui de la moyenne de la population active ? La formulation du problème en termes politiques s’énonce ainsi : d’où vient que l’économie en France ne travaille plus en répondant aux besoins de la population ?

Bref, la sectorisation de l’électorat et la réponse à des besoins spécifiques détournent du débat politique. Disons plus : ce procédé confisque la politique en transformant les questions en problèmes catégoriel, soluble par la distribution de crédit. Or, nous savons qu’il n’en est rien.

Dernier point : si l’on gratte un peu, on découvre que nos candidats savent qu’ils n’ont plus le pouvoir de définir une politique. Ce qu’ils peuvent espérer faire, c’est répartir la masse d’argent provenant des prélèvements obligatoires et distribuer des gratifications personnelles ou catégorielles. Ils ne sont plus maîtres d’autre chose, car la France a perdu sa souveraineté. Nous avons « célébré » les cinquante ans de l’Europe. Comme si l’Europe à 27 était dans le prolongement de l’Europe du traité de Rome.

A n’en pas douter, la France sanctionnera les hommes politiques qui ne disent pas la vérité tout comme elle a sanctionné, lors du dernier référendum, l’Europe technocratique supranationale qu’on lui proposait. Par cette élection, nous pouvons influer et changer la donne.

 
< Précédent   Suivant >



Collectif « Catholiques en Campagne »   14 rue Charles V   75004 Paris