Pourquoi trois points... non négociables ! Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hugues Revel   
30-05-2007

La campagne électoralequi a vu la victoire de Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier a étémarquée par plusieurs éléments nouveaux, donttrois interrogent plus particulièrement Catholiques enCampagne mais aussi de manière générale tous lescatholiques qui ont à cœur d'œuvrer pour le bien commun...

Pour la premièrefois lors d'une élection présidentielle descatholiques se sont exprimés dans et en dehors des partis, entant que catholiques, soulignant leur souci d'intégrer ladimension religieuse à leur choix électoral. Certainscandidats à la présidence ont même préciséleur adhésion « privée » auxvaleurs catholiques ou chrétiennes, même s'ilsn'entendaient pas qu'elles prévalent sur leurs optionspolitiques, par définition « démocratiques »donc sujettes à la volonté du plus grand nombre, entout cas à celle de leurs électeurs. Il n'est de voirdans les médias et particulièrement sur Internet lessites, blogs, forums et courriels qui se sont concentrés surce sujet. Visiblement un nouveau débat s'est instaurédans le public catholique et même si aujourd'hui il neprévaut pas sur les valeurs marchandes et technocratiques, onpeut penser qu'il sera demain, eu égard aux maux dontsouffre notre pays, prépondérant dans ses choixpolitiques électoraux.

Le fait religieuxs'installe dans le débat français, ce dont nous nepouvons que nous réjouir. Il nous encourage à continuernotre combat : politique et catholique sont donc encore demainappelés à rimer.

Le pape Benoît XVIn'est pas pour rien dans cette prise de conscience et dans cettemobilisation. En 2002, encore Cardinal Ratzinger, il avait interpelléles catholiques, dans sa note doctrinale à propos desquestions sur l'engagement et le comportement des catholiques dansla vie politique :

« ... laconscience chrétienne bien formée ne permet àpersonne de favoriser, par son vote, la mise en acte d'une loi oud'un programme politique dans lequel les contenus fondamentaux dela foi et de la morale sont détruits par la présence depropositions alternatives ou opposées »

Comme beaucoup de sesprédécesseurs il faut le dire, il avait appeléles catholiques à ne pas dédaigner les affairestemporelles, certes dans le cadre étroit du laïcisme desétats qui, s'adressant seulement aux individus, n'accordentdorénavant à l'Eglise ou à sa philosophie,aucun droit dans les affaires politiques nationales ...la séparationdes pouvoirs l'emportant sur la distinction des pouvoirs.

Dans son discours du 30mars 2006 à des euro-parlementaires le pape avait enfoncéle clou en précisant, toujours dans le même espritque :

« L'objetprincipal des interventions de l'Eglise dans le débat publicporte sur la protection et la promotion de la dignité de lapersonne et elle accorde donc volontairement une attentionparticulière à certains principes qui ne sont pasnégociables.

Parmi ceux-ci, lesprincipes suivants apparaissent aujourd'hui de manière claire:

1 -la protection de la vie à toutes ses étapes, du premiermoment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle

2 -la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de lafamille - comme union entre un homme et une femme fondée surle mariage - et sa défense contre des tentatives de la rendrejuridiquement équivalente à des formes d'unionradicalement différentes qui, en réalité, luiportent préjudice et contribuent à sa déstabilisation,en obscurcissant son caractère spécifique et son rôlesocial irremplaçable

3 -la protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.

Cesprincipes sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ilssont donc communs à toute l'humanité. L'action del'Eglise en vue de leur promotion n'est donc pas à caractèreconfessionnel, mais elle vise toutes les personnes, sans distinctionreligieuse. Inversement, une telle action est d'autant plusnécessaireque ces principes sont niésou mal compris,parce que cela constitue une offense contre la véritéde la personne humaine, une blessure grave infligée àla justice elle-même. »


Nous ne pouvons bienévidemment, en tant que catholiques, qu'approuver pleinementles trois points exprimés par le Saint Père.L'enseignement est clair, il a été relayé,chose suffisamment nouvelle pour être soulignée, parplusieurs évêques, ce qui est la deuxièmesurprise de cette élection. Nous ne pouvons qu'encouragernos pasteurs à montrer de la détermination politique età amplifier par le nombre et par la voix la réactioncatholique ! Il reste beaucoup de travail à faire.

Il nous faut cependantsouligner que, dans l'esprit du pape, n'est pas tant concernéle magistère catholique, que les « valeursuniverselles » de l'humanité...or, lescatholiques qui en conscience ont voté ou se sont abstenus,l'ont fait pour la plupart d'entre eux, si j'en juge lestémoignages perçus sur Internet, au nom de la doctrinecatholique. Ils n'ont eu aucune envie de voter pour ceux descandidats qui contredisent l'Eglise sur quelque chose d'essentielen terme de morale et de sacré, à savoir l'un despoints « non négociables ». Lescatholiques ont utilisé le concept des « troispoints non négociables » comme un étendard,plus particulièrement au premier tour de l'élection,certains ayant considéré qu'au deuxième tourles points étaient alors devenus négociables...

Le troisièmeaspect qui surprend dans cette campagne au niveau des catholiques quise sont engagés dans le cadre des élections, estl'absence du concept de doctrine sociale de l'Eglise.Cette doctrine de vérité, de justice et de sécuritéest l'honneur de l'Eglise. Elle engage pourtant le magistère ;tous les papes s'en sont fait les promoteurs. La doctrine socialeappartient totalement au catholicisme, c'est la suite logique de laFoi, c'est l'énoncé de la loi naturelle en matièresociale et politique. Elle oblige la conscience catholique dumilitant politique. Les points incontournables, inaliénables,pour les catholiques que nous sommes, s'appellent certes famillemais aussi respect des droits de Dieu par les institutions et lasociété toute entière, vie nationale, rôlede l'état, propriété privée, justicesociale, distinction entre droit public et droit privé, rôledes corps intermédiaires, condamnation des erreurs dulibéralisme, du socialisme, du communisme...


Je n'irais pas jusqu'àdire que le concept « limité » des troispoints a éliminé celui, plus large, de doctrinesociale. Mais le risque existe. En tout cas, il l'a méconnue.Aucun des points de la doctrine sociale de l'Eglise n'estnégociable. Pour ceux qui veulent s'engager en politique, cesont leurs repères, leurs critères de choix.S'adressant aux membres de l'action catholique italienne le 29avril 1945, Pie XII précisait que la doctrine sociale avaitune valeur obligatoire. « Si cette doctrine estdéfinitivement et de façon univoque fixée quantà ces point fondamentaux, elle est toutefois suffisammentlarge pour pouvoir être adaptée et appliquée auxvicissitudes variables des temps, pourvu que ce ne soit pas audétriment de ses principes immuables et permanents. Elle estclaire dans tous ses aspects, elle est obligatoire, nul ne peut s'enécarter sans danger pour la foi et l'ordre moral ; iln'est donc permis à aucun catholique d'adhérer auxthéories et aux systèmes sociaux que l'Eglise arépudiés et contre lesquels elle a mis les fidèlesen garde. » Il s'agit donc de systèmessociaux et non de trois points « non négociables ».Autant dire que réduire à trois les points de ladoctrine sociale, comme ceci a trop souvent été faitpendant cette campagne, me semble une réduction, une erreur,voire une reculade. S'il faut élaborer demain un programmepolitique pour notre pays, c'est à partir de tous les pointsde la doctrine sociale qu'il faudra le faire, sans en abandonneraucun.

Seul ce programmecatholique rompra avec les fondamentaux du socialo-libéralisme,éloignés en tout point d'une conception chrétiennede la vie en société. C'est à cette tâcheque doivent se livrer les catholiques de tous bords qui demainproposeront la seule et vraie réponse aux idéologiesvieillies, à la culture de mort, et au prêt àpenser correct.

 
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Collectif « Catholiques en Campagne »   14 rue Charles V   75004 Paris